Histoire de la chapelle

La communauté catholique francophone d’Amsterdam se réunit chaque dimanche dans un des sites les plus extraordinaires de la capitale néerlandaise : la chapelle dite « du Miracle » (de Mirakelkerk)  au sein de l’enclos médiéval du Béguinage (Begijnhof). Ce havre de paix et de verdure, au cœur du centre touristique et historique, fut, aux XVIIème et XVIIIème siècles la seule institution catholique encore en exercice.

Le Béguinage

Les béguines étaient des femmes célibataires qui vivaient en groupe sans se retirer du monde, consacrant leur vie à la prière, au soin des malades et des pauvres, à l’enseignement et au travail manuel. Elles prêtaient serment d’obéissance au prêtre de leur paroisse et prononçaient des vœux de chasteté, lesquels n’étaient pas perpétuels : elles pouvaient y renoncer et se marier. N’ayant pas fait vœu de pauvreté, elles vivaient sobrement de leurs revenus et restaient propriétaires de leurs maisons.

On ne connaît pas la date exacte à laquelle fut fondé le Béguinage d’Amsterdam. La première mention explicite der Beghinen lande apparaît dans les cahiers de compte de la noblesse en 1307. Puis, en 1346, un an après le fameux miracle d’Amsterdam une charte confirme la cession d’une beghynhuys (maison de béguine) ; toutefois, ce n’est qu’en 1389 qu’une lettre de privilège fait mention d’une cour à l’endroit de l’actuel Béguinage. Quatre ans plus tard, Albert de Bavière, comte de Hollande, Zélande et de Hainaut, confirme dans une charte la règle des béguines, en les prenant sous sa protection. La cour des Béguines, cette « île de femmes », est alors entièrement environnée d’eau et l’on accède à la closerie par un pont situé du côté du fossé des béguines (l’entrée du Spui date du XIXème siècle).

Peu à peu, les maisons se construisent autour d’une chapelle (que l’on peut voir à droite en entrant par le Spui, en face de la chapelle catholique). Les maisons ont les façades tournées les unes vers les autres, entourant un grand champ utile pour le blanchissage du linge. Ce sont les quarante-sept maisons que l’on peut admirer aujourd’hui et dont certaines ont encore une structure gothique. La plupart d’entre elles datent des XVIIème et XVIIIème siècles. La cour actuelle se trouve presque un mètre plus bas que les quartiers environnants ; elle est en effet restée au niveau de la rue médiévale.

La chapelle catholique

Dès le XIVème siècle, les béguines édifient une petite chapelle dédiée à la Vierge Marie. Celle-ci est plusieurs fois reconstruite et agrandie mais les béguines sont contraintes de la céder aux Presbytériens anglais lors de l’ « Altération ».

L’Altération désigne la prise de pouvoir calviniste :  le 26 mai 1578, les protestants chassent les édiles municipales catholiques. Très opposés à  « l’idolâtrerie » de l’hostie et à la célébration de la messe catholique romaine, les réformateurs confisquent églises, monastères et couvents. Les dénonciations contre les « papistes » se multiplient mais les autorités municipales demeurent modérées dans leurs poursuites. Ainsi les béguines, propriétaires de leurs maisons, peuvent continuer à célébrer leur culte, en restant toutefois discrètes.

La cour du Béguinage devient alors l’unique institution catholique en exercice à Amsterdam. La décision d’une construction de la nouvelle chapelle est prise en 1665 : deux maisons sont achetées et réunies dans ce but. La première pierre est posée en 1671 par le père Van der Mye (1665-1700), sous la direction de l’architecte catholique Philips Vingboons (1607-1678). La municipalité calviniste approuve les plans à la condition que le bâtiment ne ressemble pas à une église de l’extérieur.

Dédiée à St Jean et Ste Ursule, elle devient également au début du XXème siècle la chapelle dite « du Miracle ».
La chapelle  comporte une galerie à droite et à gauche, reposant sur six colonnes de bois. Au XIXème siècle, l’interdiction du culte catholique étant obsolète, des vitraux sont percés côté cour, puis au XXème siècle, la façade est rénovée et un porche ajouté, facilitant l’accessibilité.

Le miracle d’Amsterdam

Le 15 mars 1345 sur Kalverstraat, un mourant nommé Ijsbrand Dommer reçoit le sacrement des malades et communie. Il vomit l’Hostie qui est alors recueillie dans une bassine puis jetée au feu. Les personnes présentes voient alors l’Hostie en suspension au-dessus des flammes, intacte.

Une femme la saisit, la range dans une armoire et, bouleversée, va chercher le curé d’Oude Kerk. Ce dernier ramène l’Hostie dans son église. Le lendemain, à sa grande stupéfaction, l’Hostie n’est plus là et la femme la retrouve dans son armoire. Ce va-et-vient a lieu plusieurs fois jusqu’à ce que le prêtre et son évêque comprennent que Dieu souhaite que ce miracle devienne public. Ils organisent alors une procession et peu après la construction d’une église est lancée. Une procession annuelle se met en place, attirant de plus en plus de pèlerins, au point qu’une grande foire vient rapidement se greffer sur l’événement.

L’Altération met un terme à ce pèlerinage : l’église du Miracle est dédiée au culte protestant et bientôt abandonnée (elle sera détruite définitivement en 1908, date à laquelle la chapelle du Béguinage reprendra l’appellation « du Miracle »).

La procession renaît à la fin du XIXème siècle sous l’impulsion de la « Compagnie de la Procession silencieuse » qui, depuis lors, organise chaque année une marche en silence dans le quartier du Béguinage. Cet événement draine plus de 10 000 personnes de tous les Pays-Bas tous les dimanches suivant le 12 mars, gardant ainsi vivace le souvenir du miracle d’Amsterdam.

Sources :

  • Get van Dijk, De geschiedenis van het Begijnhof van 1307 tot heden, Amsterdam, 2004. Inclut une traduction partielle en anglais.
  • Histoire de la chapelle en anglais : Wikipedia
  • Lien vers la Compagnie de la Procession silencieuse : www.stille-omgang.nl